Tous les parents s'inquiètent un jour ou l'autre au sujet de l'alimentation de leur enfant. Reçoit-il bien tout ce dont il a besoin? Par exemple, l'anémie chez un bébé est une préoccupation courante chez les nouveaux parents. Une nouvelle étude publiée dans la revue Pediatrics pourrait donc susciter bien des inquiétudes puisqu'elle propose un lien entre la durée de l'allaitement et les réserves en fer d'un nourrisson.

Leur analyse a révélé que pour chaque mois d'allaitement, le taux de ferritine diminuait par 0,24 mcg/L. À titre indicatif, le taux de ferritine chez ces enfants tournait autour de 32 mcg/L et on considère qu'une personne est en carence en fer lorsque son taux de ferritine est inférieur à 14 mcg/L.
Par conséquent, le risque de connaître une carence en fer était légèrement supérieur chez les enfants allaités plus longtemps (augmentation de 4,8 % du risque par mois d'allaitement selon les auteurs). Il n'y avait toutefois pas un risque significativement plus élevé de développer de l'anémie chez les enfants allaités plus longtemps.
Alors, doit-on s'inquiéter devant ces résultats? Personnellement, je ne crois pas et voici pourquoi.
Premièrement, il faut mentionner qu'il s'agit de la première étude démontrant de tels résultats. En recherche, il est toujours préférable d'avoir plusieurs études allant dans le même sens. Cela permet en effet de s'assurer que les résultats obtenus peuvent être reproduits par un autre expérimentateur, diminuant ainsi le risque que les données soient le résultat d'une erreur expérimentale.
Deuxièmement, si pour chaque mois d'allaitement le taux de ferritine diminue de 0,24 mcg/L, cela signifie qu'un bébé allaité pendant 12 mois aura un taux de ferritine inférieur de 1,4 mcg/L à celui d'un bébé allaité pendant 6 mois. En tenant compte du fait que le taux de ferritine médian est de 32 mcg/L, cela représente une différence d'à peine 4 %. Les effets mesurés sont donc somme toute modestes. Cela est d'autant plus vrai que 27 % des enfants analysés ont été allaités plus de 12 mois mais seulement 9 % de tous les enfants souffraient d'une carence en fer et à peine 1,6 % avaient de l'anémie ferriprive.
C'est d'ailleurs une une faille de cette étude: le petit nombre de sujet avec une carence
en fer (144 bébés) ou de l'anémie (23 bébés). En
particulier pour ce qui est de l'anémie, cela représente un très petit
échantillon. En recherche, plus un échantillon est petit moins les
résultats obtenus sont fiables.
Enfin, les chercheurs n'ont pas du tout évalué l'alimentation des bébés étudiés. Pourtant, la faible consommation d'aliments riches en fer est un facteur important pouvant expliquer une carence chez un bébé. Les recommandations actuelles sont d'ailleurs de poursuivre l'allaitement après 6 mois tout en introduisant des aliments riches en fer. Pour déterminer si la durée de l'allaitement a vraiment un rôle à jouer sur les réserves de fer, il faudrait donc en tenir compte.
En conclusion, il est encore trop tôt pour déterminer avec certitude si la durée de l'allaitement peut affecter le statut en fer d'un bébé. De plus, pour l'instant, les risques semblent assez faibles alors que les bénéfices de l'allaitement sont eux bien documentés. Par conséquent, les femmes qui le souhaitent ne devraient pas hésiter à allaiter leur enfant aussi longtemps qu'elles le désirent.
Il est important de noter qu'un des auteurs de l'étude a des liens financiers avec plusieurs compagnies pharmaceutiques, dont certaines qui commercialisent des suppléments de fer.
Référence:
Maguire JL, Salehi L, Birken CS, Carsley S, Mamdani M, Thorpe KE, Lebovic G, Khovratovich M, Parkin PC; TARGet Kids! collaboration. Association between total duration of breastfeeding and iron deficiency. Pediatrics. 2013 May;131(5):e1530-7. doi: 10.1542/peds.2012-2465. Epub 2013 Apr 15.